BIENVENUE CHEZ LE PREMIER MINISTRE, DANS L'HôTEL DE MATIGNON

Hôtel de Matignon : visite privée en images

Suite à la démission de Gabriel Attal ce matin, Emmanuel Macron aurait demandé au premier ministre de rester « pour le moment afin d'assurer la stabilité du pays » selon l'Élysée.

Gabriel Attal avait pris ses quartiers rue de Varenne le mardi 9 janvier dernier, investissant Matignon suite à sa nomination par Emmanuel Macron. À 34 ans, il remplaçait Elisabeth Borne, devenant le plus jeune premier ministre sous la Ve République. Il détrônait ainsi Laurent Fabius qui, à 37 ans, avait été nommé à cette fonction par François Mitterrand. L'ancien Ministre de l'Éducation nationale et de la Jeunesse accédait ainsi à la résidence de Matignon, propulsé dans les plus hautes sphères du gouvernement. « J'emmène avec moi, à Matignon, la cause de l’école », avait dit Gabriel Attal lors de la passation. Qui sera le prochain résident ?

Au 57, rue de Varenne, aucun curieux ne peut s’aventurer au-delà de la porte cochère, lourdement surveillée. Et pour cause, l’hôtel de Matignon abrite depuis 79 ans la résidence du Premier ministre — si la tradition perdure depuis Charles de Gaulle, président du premier Conseil des ministres du gouvernement provisoire de la République française en 1944, c’est aujourd’hui Élisabeth Borne qui y vit.

Confiée en 1719 à l’architecte Jean Courtonne par le maréchal de France Christian Louis de Montmorency-Luxembourg, la construction de l’hôtel particulier s’avère trop coûteuse pour le maréchal, qui cède sa parcelle avant même la fin des travaux. L’édifice doit alors son nom à son nouveau propriétaire, Jacques Goyon de Matignon. En 1725, ce dernier lègue l’hôtel de Matignon à son fils, Jacques IV, qui épouse la princesse héritière de Monaco, Louise-Hippolyte Grimaldi. Le couple princier s’y installe ; certains détails de l’époque demeurent, à l’image de l’actuel bureau du Premier ministre qui est en fait l’ancien salon des appartements privés des Grimaldi. Monumental, l’hôtel particulier occupe un terrain d’environ trois hectares et repasse entre les mains de l’État français en 1922. Il ouvre régulièrement ses portes au public lors de visites guidées, comme les Journées du Patrimoine et se visite virtuellement en ligne.

Première étape, la Cour d’honneur

Une fois passé le porche en demi-lune, la Cour d’honneur s’offre au regard, la Déclaration des Droits de l’Homme peinte au-dessus de l’aile gauche. Une certaine « fausse symétrie » est préservée par Jean Courtonne qui relègue les cuisines et les offices dans le bâtiment de droite et une cour annexe. Si l’aile droite accueille à l’époque la basse-cour et l’aile gauche les pièces de service, tout a été transformé en bureaux aujourd’hui. Les invités officiels et les nouveaux Premiers ministres (lors des passations) doivent impérativement emprunter la Cour lors de leur arrivée. Au fond à droite, le perron mène à l’escalier d’honneur, dont la rampe en fer forgé remonte au XVIIIe siècle. Œuvre du maître-ferronnier Antoine Caron, elle est intacte depuis la construction de l’hôtel de Matignon et cohabite avec des peintures imitant le marbre dans la cage d’escalier. Cette dernière, commandée par le duc et la duchesse de Galliera, évoque les palais de la Rome antique avec ses déclinaisons minérales.

Une enfilade de salons au rez-de-chaussée

Passé le vestibule, le salon rouge est le premier à s’offrir à l’œil du visiteur. L’ancienne salle du trône des princes de Monaco affiche un décor du XVIIIe siècle aux tonalités ardentes, soutenues. Le style rocaille y prédomine, commandé à l’époque par le duc et la duchesse de Galliera — des médaillons de pierres semi-précieuses sont même incrustés dans les parois. Aujourd’hui, le salon rouge fait office de « salle d’attente » par sa position centrale avec accès direct à la Cour d’honneur. Des conférences de presse y sont régulièrement organisées et la pièce est contiguë aux bureaux du Secrétariat Général du Gouvernement.

Dans l'enfilade du salon rouge, le salon bleu tout en chinoiseries conserve son décor de 1724. Il accueille les personnalités étrangères en voyage à Paris, après avoir servi de cabinet aux princes de Monaco. Les dessus de porte sont attribués à Jean-Christophe Huet, dans un camaïeux de nuances bleutées assorties au mobilier Louis XV. La soie domine dans cette pièce d’inspiration aquatique. Ensuite vient le salon jaune, auparavant la chambre de « parade » des Grimaldi qui y recevaient leurs invités mais ne dormaient pas dans cet intérieur, pourtant pourvu d’un lit. Il devient le bureau de plusieurs personnalités au fil des ans à l’image de Léon Blum, Robert Schuman, Edgar Faure, Pierre Mendès-France ou encore Guy Mollet. Soie dorée, plafond orné d’une fresque florale, corniches, figures mythologiques sculptées… Le décor, solaire et fantasque, révèle aussi une tapisserie des Gobelins illustrant la naissance de Diane et d'Apollon d'après les décors réalisés par Pierre Mignard pour le château de Saint Cloud (1692).

À l’étage noble, le bureau du Premier ministre

En haut de l’escalier d’honneur, le bureau du Premier ministre plante un décor changeant au gré de ses occupants — à l’inverse de son antichambre décorée par Jacques Garcia d’une table ronde en marqueterie (1810), de tapisseries signées Jean Arp et d’une console de Laurence Montana. Outre les peintures de Pierre-Nicolas Brisset, le décor affiche un triptyque de toiles signées Jean-Honoré Fragonard représentant les saisons. Véritable cœur de la propriété, le bureau du Premier ministre ouvre directement sur les jardins de Matignon, une oasis de verdure. L'usage du bureau introduit par Jacques Chirac en 1974, même s’il a parfois été délaissé par certains ministres comme Édith Cresson ou Édouard Balladur.

La salle du Conseil, un lieu mythique

Connue pour accueillir, chaque mercredi, le cabinet du Premier ministre pendant le Conseil des ministres à l’Élysée, la salle du Conseil convoque un imaginaire puissant. Le long des murs et au plafond, les dorures du XIXe encadrent des médaillons blancs inspirés des fables de La Fontaine, tandis qu’une série de tapisseries des Gobelins (1768) illustrent les péripéties de Don Quichotte. Baignée de lumière naturelle, elle est la plus grande pièce de l’hôtel de Matignon — c’est ici que sont signés les accords de Matignon dans la nuit du 7 au 8 juin 1936. Un élégant buffet en marbre rouge y est roi, ses pieds dorés mimant des créatures fantastiques dans le plus pur style Second Empire, à grand renfort d’animaux mi-griffons, mi-sirènes.

Un jardin idyllique de 2 hectares

Bijou patrimonial, le jardin de l’hôtel de Matignon s’étend sur deux hectares au cœur de la capitale comme l’illustration végétale de trois siècles d’histoire de France. Il est conçu par le paysagiste Achille Duchêne — auteur de plus de 6000 jardins au cours de sa carrière, il travaille essentiellement pour la haute société à la fin du XIXe siècle et à la Belle Époque. Fervent admirateur d’André Le Nôtre, il est alors surnommé le « prince des jardins » et réinvente l’idée même du jardin à la française. On lui doit l’aménagement originel des Jardins Albert-Kahn à Boulogne-Billancourt. Pour l’hôtel de Matignon, Achille Duchêne crée une allée centrale de tilleuls, régulière et précise dans son tracé. Cette partie de l’extérieur contraste avec le jardin à l’anglaise composé d’une vaste pelouse centrale dans la prolongation des espaces de réception au rez-de-chaussée. Une grotte, une glacière et un pavillon de musique complètent les jardins, presque magiques. Enfin, selon la tradition républicaine introduite par Raymond Barre en 1978, chaque Premier ministre plante un arbre à son arrivée, Jacques Chirac étant le seul à ne pas l’avoir fait. Dernière en date, Élisabeth Borne qui plante un chêne vert lors de son investiture en 2022.

Les arbres plantés par les Premiers ministres :

Élisabeth Borne : chêne vert (2022)

Jean Castex : frêne (2021)

Édouard Philippe : pommier « claque pépin », ainsi nommé car on peut entendre le grelot des pépins à l'intérieur en agitant la pomme quand elle est mûre (2018)

Bernard Cazeneuve : magnolia kobus (2017)

Manuel Valls : chêne fastigié (2014)

Jean-Marc Ayrault : magnolia grandiflora (2012)

François Fillon : cornouiller des pagodes (2007)

Dominique de Villepin : chêne pédonculé (2005)

Jean-Pierre Raffarin : arbre de fer (2002)

Lionel Jospin : orme (1997)

Alain Juppé : cercidiphyllum (1996)

Edouard Balladur : érable argenté (1994)

Pierre Bérégovoy : tulipier de Virginie (1992)

Edith Cresson : arbre aux quarante écus (1992)

Michel Rocard : copalme d'Amérique (1988)

Laurent Fabius : chêne de Bourgogne (1984)

Pierre Mauroy : chêne de Hongrie (1983)

Raymond Barre : érable à sucre (1978)

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